Après Céleste et Dis Merci

Après Céleste de Maude Nepveu-Villeneuve et Dis merci de Camille Paré-Poirier

Récits de survivantes et d’endeuilléesLa vie n’est pas tendre pour les personnages de Camille dans le récit poétique Dis Merci et de Dolores dans le roman Après Céleste, qui doivent traverser des épreuves bouleversantes : le cancer pour la première, la perte d’un enfant pour la seconde. Mais elles renoueront avec l’espoir, avec le beau, avec la vie, si fragile soit-elle. Deux livres qui se tiennent d’abord au bord du gouffre qui menace d’avaler les héroïnes, pour ensuite les entraîner sur le chemin de la rémission.Après Céleste, avant la forêtL’histoire du …

Radiale de Valérie Forgues

Radiale de Valérie Forgues

Voie de collisionJ’ai découvert la poésie de Valérie Forgues avec Une robe pour la chasse, sans conteste un de mes recueils préférés. Avec Radiale, on accède à un nouvel univers. Un territoire de langage « en tête-à-queue », de corps et de matière accidentés, disloqués, que la poétesse file sur leurs lignes brisées.« Fixée au cou j’égratigne la zone le poignet embrasse tes grands axes en retrait pour me défenestrer sans abîmer le décor »Valérie ForguesDans la « succession des terres incendiées » et des « espaces éventrés », Radiale vibre au son d’un moteur, d’un …

Trou l'immortelle de Camille Thibodeau

Découvertes aux éditions La Mèche

Trou l’immortelle de Camille Thibodeau« [M]ais quel est ce langage qui n’a aucun sens en-dehors de sa violence? » Dans le premier roman de Camille Thibodeau, Trou l’immortelle, on tombe sur une foule de personnages qui nagent à contre-courant des protagonistes réalistes traditionnels. Au village Candeur, le bogue de l’an 2000 et l’exode rural frappent la populace tandis que Nancy Narcisse donne naissance à un bébé à face de poisson qu’elle appellera Trinité Horth, en l’honneur du « père [que sa fille] aura jamais, du fils [qu’elle aura] jamais et …

Mauve est un verbe pour ma gorge de Nana Quinn

Mauve est un verbe pour ma gorge de Nana Quinn

D’amour et d’ecchymoses Mauve est un verbe pour ma gorge : ce titre m’avait énormément marquée lorsque je l’avais lu l’année dernière sur la liste des poèmes finalistes pour le Prix de poésie Radio-Canada 2020 (prix que son autrice a d’ailleurs remporté). Depuis ce moment, je crois que j’attendais ce recueil. C’est donc avec une grande impatience que je me suis lancée dans le recueil de Nana Quinn, paru aux éditions Poètes de brousse. Et j’ai eu un gros coup de cœur! Inspirés par la violence conjugale qu’elle a subie, les …

Ma vie en lo-fi de Simon Labelle

Ma vie en lo-fi de Simon Labelle

Monter le sonUne BD qui illustre le sens de l’ouïe et la « myopie des oreilles », géniale comme idée, non? Ça ressemble à quoi des bruits blancs, des acouphènes? Un party de Noël en son « hautement indéfini »? Une journée au bureau sur mute? Dans Ma vie en lo-fi de Simon Labelle, on apprivoise les défis reliés aux différents problèmes de surdité : l’adaptation aux appareils auditifs, les visites chez l’audiologiste, les nombreuses fois où l’on doit demander « pourriez-vous répéter s’il vous plait ? » et beaucoup de bruits à identifier, à décoder. Constituée d’une …

Disparaître de Denise Desautels

Disparaître de Denise Desautels, avec les œuvres de Sylvie Cotton

Fouiller la cendre, parler du cœurComme j’aime aussi être accompagnée d’œuvres diverses lorsque j’écris, le recueil Disparaître de Denise Desautels m’a tout de suite interpellée. Chaque suite de la poétesse est escortée par une œuvre de Sylvie Cotton, une artiste autodidacte et interdisciplinaire ayant à son actif plusieurs expositions et livres d’artiste. Dans ce « face à face » d’images et de voix qui s’élèvent, les mots traversent les cadres pour plonger dans ce qu’ils protègent du silence, de l’oubli.« Tu dis Parfois j’ai peur tu insistes Contempler la mort. La cendre …

Nature morte au couteau d’Anne-Marie Desmeules

Nature morte au couteau d’Anne-Marie Desmeules

Génération désenchantéeEt si le monde tel qu’on le connaît s’effondrait, que le compte à rebours arrivait à sa fin pour la planète, où il ne restait que ruines et violence? Paru au Quartanier en 2020, le recueil Nature morte au couteau d’Anne-Marie Desmeules investit un territoire hostile où les luttes et les règles de survie du monde sauvage redeviennent nécessaires. La poétesse y imagine un futur postapocalyptique en le découpant « à pointe de canif », traversée après traversée. Sans repères, l’humain revenu à une sorte d’âge de pierre doit …

Eaux troubles et autres embruns de Camille Deslauriers

Eaux troubles et autres embruns de Camille Deslauriers

L’abécédaire entre deux eauxD’abord publiées en 2011, les nouvelles d’Eaux troubles, auxquelles viennent s’ajouter d’autres embruns, sont comme un jardin où l’on pourrait observer les pensées intimes des jeunes pousses en pleine croissance : fille-fleur qui se démarque par son parfum, fille-fruit qui cherche à se délester de sa pelure, garçon-plante carnivore qui s’acharne sur ses proies, filles-algues soudées et bien d’autres. Loin d’être en phase avec ce qui leur arrive la plupart du temps, les personnages adolescents de Camille Deslauriers attendent un petit coup de pouce pour les aider à …

Tout est caché de Judy Quinn et Tropico de Marcela Huerta

Tout est caché de Judy Quinn et Tropico de Marcela Huerta

Du smog et des fantômesCette semaine, je vous partage mes impressions sur deux livres ayant pour trame de fond des souvenirs de pays chauds et la présence de « fantômes » familiaux.Tropico de Marcela HuertaDans Tropico, Marcela Huerta s’adresse à son père, lui écrit au « tu ». Elle lui raconte ses rêves, ceux qu’elle fait après sa mort. Mais ce livre n’est pas tant pour le défunt. La narratrice cherche surtout à préserver les minces fils qui la relient à ses racines, en tant qu’immigrante chilienne de deuxième génération. Oscillant entre la prose …

Orange pekoe de Benoit Bordeleau

Orange pekoe de Benoit Bordeleau

La liste des choses essentiellesAujourd’hui, j’ouvre Orange pekoe de Benoit Bordeleau. Je me laisse couler dans cette lecture et c’est magnifique. J’emprunte ses phrases, pleine de désordre, de sirop et de mémoire qui craque. « Les feuillets gris tachent les doigts et les paumes, comme le fait la terre. Le journal est une étendue, un territoire à plier et replier. Le grand-père retranscrit, de sa grande main aux ongles durs, chaque titre et sous-titre : c’est, dit-il, pour ne pas perdre sa main d’écriture. J’imagine qu’il arpente les mots comme il a …