La vie au long cours. Essais sur le temps du roman

La vie au long cours. Essais sur le temps du roman, Isabelle Daunais

Le roman, un art pour goûter et « habiter » le tempsDepuis le Don Quichotte de Cervantès, à quoi servent le roman et ses personnages? Quelle est la singularité de cette forme « ancienne » nous permettant d’observer avec un regard « neuf » notre présent? Comme j’aime beaucoup me plonger dans leurs univers, et parfois me risquer à en écrire, réfléchir sur les particularités des romans et les questions diverses qu’ils suscitent m’intéressent grandement. J’ai d’ailleurs un faible pour les œuvres des romanciers et des romancières s’étant intéressé à leur pratique et à la création : …

La révolution d'Agnès de Jean-Michel Fortier

La révolution d’Agnès de Jean-Michel Fortier

Les femmes du cuirasséDans le troisième roman de Jean-Michel Fortier, vous êtes invité à la pension de Madame Sergerie, une logeuse soixantenaire de Percé qui dissimule plusieurs secrets de son passé. Vous êtes en fort bonne, mais un peu étrange, compagnie : il y a Harold, l’artiste déchu, Agnès, la jeune shampouineuse « déterminée à ne pas devenir l’otage de l’électroménager », Guimond, l’ancien enquêteur de police, ainsi que le mystérieux Steven Norton. Tout au long au long de votre lecture, vous vous trouverez malgré vous piégé comme un personnage de roman, alors …

Terrains fertiles et Les forces vitales

Terrains fertiles d’Émilie Hould et Les forces vitales de Sarah Bertrand-Savard

Reprendre des forces, réparer l’espoir et les couleursCette semaine, je vous parle de deux livres qu’on dévore des yeux : Terrains fertiles d’Émilie Hould qui prend la forme d’un récit poétique illustré, et Les forces vitales de Sarah Bertrand-Savard, une œuvre-collage qui sublime la douleur et la peur en véritables pièces de résilience.Terrains fertiles d’Émilie HouldParue aux Éditions Omri, cette petite plaquette recueille les dessins de paysages rougeoyants d’Émilie Hould, animés par un vent de liberté sauvage. On s’y baigne. On y court et saute. On y prend son envol.« L’air …

Pratique d'incendie de Kiev Renaud

Pratique d’incendie de Kiev Renaud

Camille, 12 ans, cancer ascendant cancer et condamnée à mortEn 2016, j’avais été séduite par le roman par nouvelles Je n’ai jamais embrassé Laure de Kiev Renaud, avec ses images de fillettes jouant aux prostituées et rêvant de s’accoucher l’une l’autre. Dans Pratique d’incendie, la plume de l’autrice n’a rien perdu de son enchantement. Elle investit une fois de plus le royaume de l’enfance qui aime jouer avec le feu en nous racontant l’histoire de Camille, une jeune fille de 12 ans, désespérée par sa banalité et rêvant de blessures …

Parmi celles qui flambent de Noémie Roy et Les femmes que j’aime ne font pas de bicyclette d’Anthony Lacroix

Parmi celles qui flambent de Noémie Roy et Les femmes que j’aime ne font pas de bicyclette d’Anthony Lacroix

Celles qui flambent et celles qui n’aiment pas la bicycletteCette semaine, je vous parle de deux œuvres – un recueil de poésie et des nouvelles « coquillages » – qui touchent différemment aux thèmes de l’enfance… et de la combustion spontanée. Intrigué.e.s?Parmi celles qui flambent de Noémie RoyIncantation et filiation Le recueil de poésie de Noémie Roy, Parmi celles qui flambent, fait miroiter dans ses vers, à la lumière des flammes, une mystérieuse collection de fleurs séchées, de petits fruits et de papillons sous verre. Des femmes fanées et des …

La mémoire est une corde de bois d’allumage de Benoit Pinette

La mémoire est une corde de bois d’allumage de Benoit Pinette

Les arbres généalogiques ne brûlent jamais par les deux boutsL’artiste Benoit Pinette, alias Tire le coyote, signe à La Peuplade son premier recueil, intitulé La mémoire est une corde de bois d’allumage. Cette œuvre, pleine de fumée noire autant que de feux de joie, rassemble les arts de la pyrotechnie et de la poésie, faisant brûler histoires et peurs intimes à ciel ouvert. L’auteur met la hache dans certains souvenirs, débitant le passé comme pour libérer ses racines. La hantise de reproduire certains comportements et de transmettre à ses enfants …

Rien du tout d’Olivia Tapiero

Rien du tout d’Olivia Tapiero

Hériter des trous noirsDès le début de ma lecture, j’ai été aspirée par la beauté et surtout la force brute des mots et des images d’Olivia Tapiero, leur lent égrènement dans ce récit qui valse avec la poésie et l’essai. Fragment après fragment, l’écrivaine travaille à retracer « le mouvement d’effritement de la vie même » et les « nombreuses extinctions dont nous sommes témoins. » Dans ce Rien du tout, tout part d’un trou, d’un centre vide, d’une bouche, d’un œil, d’un cœur, qu’on cherche à emplir.« L’orifice premier s’ouvre au monde …

Chagnon et Peyrouse

Dans sa tête poussait une plante de Philippe Chagnon et Ces fenêtres où s’éclatent leurs yeux d’Anne Peyrouse

Dans leurs têtes et dans leurs regardsDernièrement, j’ai lu deux recueils de la collection Hamac-Poésie. Il s’agit de deux projets qui s’articulent autour de pertes douloureuses, à la recherche d’un terrain neutre pour prendre le temps de panser leurs blessures. Je vous livre ici brièvement mes impressions.Dans sa tête poussait une planteDans son quatrième recueil de poésie intitulé Dans sa tête poussait une plante, Philippe Chagnon décrit les petites et les grandes guerres se jouant au cœur d’une relation de couple qui bat de l’aile, jusqu’à la rupture.« tout est …

Là où je me terre de Caroline Dawson

Là où je me terre de Caroline Dawson

Le grand tremblementPetite, j’avais une admiration infinie pour Anne aux pignons verts. Mon héroïne favorite, à son arrivée à Avonlea, devait braver les sobriquets de ses camarades se moquant de ses cheveux roux et de ses taches de rousseur. Une enfant vive à l’imagination débordante qui devait s’adapter à son nouveau milieu. Bien sûr, nous nous retrouvons dans deux univers complètement différents, mais la jeune Caroline de Là où je me terre me la rappelle avec sa force de caractère et sa manière unique de voir le monde. Le récit …

La patience du lichen de Noémie Pomerleau-Cloutier

La patience du lichen de Noémie Pomerleau-Cloutier

Jaser au cœur de la houle et des chicoutaisAprès Brasser le varech (2017, La Peuplade), Noémie Pomerleau-Cloutier nous revient avec La patience du lichen, qui paraîtra le 4 mars 2021. Elle qui est fascinée par les paysages côtiers, ce sont surtout les humains qui y habitent qu’elle défriche – et déchiffre – ici. Le recueil est composé de témoignages poétiques, de tranches de vie amassées de village en village, en suivant les chemins inachevés et les routes fluviales de la Côte-Nord. Fait de va-et-vient, d’enracinement et d’errance, le projet de …