Terrains fertiles et Les forces vitales

Terrains fertiles d’Émilie Hould et Les forces vitales de Sarah Bertrand-Savard

Reprendre des forces, réparer l’espoir et les couleurs

Cette semaine, je vous parle de deux livres qu’on dévore des yeux : Terrains fertiles d’Émilie Hould qui prend la forme d’un récit poétique illustré, et Les forces vitales de Sarah Bertrand-Savard, une œuvre-collage qui sublime la douleur et la peur en véritables pièces de résilience.

Terrains fertiles d’Émilie Hould

Parue aux Éditions Omri, cette petite plaquette recueille les dessins de paysages rougeoyants d’Émilie Hould, animés par un vent de liberté sauvage. On s’y baigne. On y court et saute. On y prend son envol.

« L’air chaud emplira
mes poumons d’oiseau-rieuse
et je serai rouge, entière.
Ni proie, ni prédatrice,
je parcourrai en haute voltige
les rivières et l’impatience. »

Émilie Hould

Dans cette première publication, l’autrice explore de nouveaux chemins menant vers une transformation. L’autrice prend le temps d’avancer, lentement, à tâtons, puis avec une nouvelle ardeur. Elle se lance à la recherche de « terrains fertiles », armée de ses crayons de bois.

Ce texte se lit si bien lors d’une promenade en plein air : il dure le temps d’un coucher de soleil, s’harmonisant avec ses magnifiques couleurs vives et chaudes.

« Je pensais que le ciel prenait feu. Personne ne n’avait dit que c’était beau, la fin du monde. »
Émilie Hould

Les forces vitales de Sarah Bertrand-Savard

Déchirer, inciser, puis regreffer. C’est à ces tâches que Sarah Bertrand-Savard s’attèle dans Les forces vitales pour décrire ce qui s’effrite et s’effondre dans la maladie. En utilisant et personnalisant la technique du collage poétique, elle reproduit sur papier les déchirements du corps souffrant, puis le lent processus de guérison où l’on tente doucement de recoller ses morceaux.

« Le temps tombe
le ciel n’a plus d’étoiles
le cœur dans la gorge
j’apprends la douleur »

Sarah Bertrand-Savard

Autrement dit, pour écrire cette histoire d’organes malades, coupés, retirés, recousus, il lui a fallu faire la même chose avec les mots des livres. Une opération tout aussi minutieuse qui repose sur la chance et le miracle, où la lame de l’exacto remplace celle du scalpel.

En coupant dans le « réel », elle se questionne sur ses capacités de déconstruction et de reconstruction. Elle consigne sa détresse et ses peurs. Se demande « comment on peut vivre vivante constellée d’usure ».

Malgré sa solitude, l'autrice appartient tout de même à une communauté de femmes, d’artistes, celles qui « se sont saoulées d’encre », à qui elle emprunte à son tour pour

« dire
libérer
réparer
raccommoder
affronter le monde
apprendre à pardonner
créer un monde merveilleux
s’envoler
construire. »

Sarah Bertrand-Savard

Cet ouvrage paru chez La Mèche est ainsi une véritable leçon de résilience et de survie où l’autrice « répare » l’espoir à partir d’autres livres, d’autres cris du cœur qui l’alimentent.

J’ai été particulièrement sensible à cette force qu’elle nous donne à lire, un mot à la fois. On ressent encore plus la nécessité de chacun de ces vocables rescapés, coupés un à un, regroupés pour former de courts vers, afin de porter tout le poids de ces émotions sur leurs frêles épaules.

Émilie Hould, Terrains fertiles, Omri, 2021.

Sarah Bertrand-Savard, Les forces vitales, La Mèche, 2021.

Marise Belletête
Écrivaine, dessinatrice, passionnée des mots

Autoportrait de La Griffonneuse

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