Mauve est un verbe pour ma gorge de Nana Quinn

Mauve est un verbe pour ma gorge de Nana Quinn

D’amour et d’ecchymoses

Mauve est un verbe pour ma gorge : ce titre m’avait énormément marquée lorsque je l’avais lu l’année dernière sur la liste des poèmes finalistes pour le Prix de poésie Radio-Canada 2020 (prix que son autrice a d’ailleurs remporté). Depuis ce moment, je crois que j’attendais ce recueil. C’est donc avec une grande impatience que je me suis lancée dans le recueil de Nana Quinn, paru aux éditions Poètes de brousse. Et j’ai eu un gros coup de cœur!

Inspirés par la violence conjugale qu’elle a subie, les poèmes de Mauve est un verbe pour ma gorge font revoler la syntaxe, les couleurs, les émotions fortes. Ils montrent jusqu’où l’amour n’est plus tendre, quand la force d’attraction ne parvient plus à retenir ce qu’elle a fait éclater.

« les couleurs naissent
au fond des puits
ceux qui
dans un élan se referment
autour de mon cou

j’imagine un champs de dahlias un
froissement de forêts

toutes particules suspendues
ce n’est pas exactement une

caresse »

Nana Quinn
Dans ce texte, on fait voir la douleur et la détresse, mais surtout la difficulté de se défaire de cette relation qui empoisonne. Comme la narratrice le dit si bien : « sortir de toi tient du miracle ». Tout en étant consciente qu’elle aurait pu faire partie des victimes de féminicides, elle rappelle à quel point se détacher de celui dont le « sourire déboîte [s]on réel » est aussi une épreuve en soi, car souvent il a le don de « transforme[r] les plus gros orages en papier de soie ».

« toutes ces femmes
tuées sur le plancher de la cuisine
entre le grille-pain et le carrelage

ça pourrait être moi

mes bras tracent
le chemin de l’étau
mes bras qui
n’atteignent même pas une ampoule

je suis faite
creusée corridor
un océan au thorax »

Nana Quinn

Mais vient le temps de briser le cycle des excuses et des fausses promesses de contes de fées, des « il était une fois » qui finissent en drame.

« la princesse rassemble
le métal échoué
dans la chambre
trace sur l’oreiller
le triangle des Bermudes »

Nana Quinn
Et la princesse finit par s’échapper de son château piégé et de ses mirages. Cette princesse qui porte maintenant un loup, une bête qui survit en elle, armée pour se protéger.

« j’aurai en moi le jour où je suis morte
dans ma jugulaire
un caillot de sang en forme de loup »

Nana Quinn

Marise Belletête
Écrivaine, dessinatrice, passionnée des mots

Autoportrait de La Griffonneuse

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