La mémoire est une corde de bois d’allumage de Benoit Pinette

La mémoire est une corde de bois d’allumage de Benoit Pinette

Les arbres généalogiques ne brûlent jamais par les deux bouts

L’artiste Benoit Pinette, alias Tire le coyote, signe à La Peuplade son premier recueil, intitulé La mémoire est une corde de bois d’allumage.

Cette œuvre, pleine de fumée noire autant que de feux de joie, rassemble les arts de la pyrotechnie et de la poésie, faisant brûler histoires et peurs intimes à ciel ouvert. L'auteur met la hache dans certains souvenirs, débitant le passé comme pour libérer ses racines.

La hantise de reproduire certains comportements et de transmettre à ses enfants ses propres brûlures est une des préoccupations qui ressort de ce recueil, séparé en trois temps : les souvenirs d’enfance, le présent où l’on veille « au grand démantèlement de l’hérédité » et le futur, comme une éclaircie dédiée aux enfants, à la descendance, à une réconciliation avec le passé.

Pour arriver à « équilibrer les époques », l’auteur brise la chaine des images convenues et rend son parcours d’une manière personnelle, préoccupé par les marques du passage du temps transformant les êtres et leurs milieux.

« c’est jour de fête
j’entre dans les deux chiffres
dix chandelles plantées
au creux de mes intempéries

pourquoi célébrer l’érosion lente
de mon île de grès rouge
par les grosses marées? »

Benoit Pinette
Le poète creuse ainsi les questions de l’héritage et de la filiation. Celui qui aurait aimé « grandir ailleurs que dans le cadre d’une porte battante » constate la difficulté d’emprunter une nouvelle trajectoire lorsque les repères manquent, comme la figure du père, ce phare brisé, instable, qui n’a pu éclairer le chemin à suivre. Il tente donc de reprendre pied après ce « glissement de terrain » ressenti durant sa jeunesse.

« moi l’enfant
toi le phare brisé
à l’insondable notion de joie
tu rives l’éphémère qui me façonne

je souhaite calmer
la dégradation des lendemains
mais comment déjouer l’impermanence
que ta révolte nourrit
une mainmise
sur la silhouette du temps »

Benoit Pinette

Heureusement, après la peur et la colère vient la reconstruction.

Une lecture qui nous rappelle la fragilité tout autant que la force des attisées, qui s’éteignent ou s’embrasent selon les efforts fournis pour raviver les flammes. Le livre de Benoit Pinette en est un qui souffle sur l’espoir et l’essentiel pour faire grandir le brasier, avec ses poèmes qui savent réchauffer l’ordinaire.

« on a dépassé le tôt
ça flambe
à l’embouchure de l’aube
je sors du lit
assis à la table retrouve
ce discret désir de vivre
remis à neuf »

Benoit Pinette

Marise Belletête
Écrivaine, dessinatrice, passionnée des mots

Autoportrait de La Griffonneuse

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