La révolution permanente

La révolution permanente et autres poèmes de Shawn Cotton

L’art patient de dégivrer la mémoire

Le « buzz du givre », c’est un peu ce que le lecteur goûte en parcourant La révolution permanente et autres poèmes de Shawn Cotton, où se mélangent les alcools bus à la mémoire d’une amoureuse défunte, les drogues et les rêves d’hier.

La mélancolie nous file directement dans les veines.

Tendre et nostalgique, ce recueil paru aux éditions de l’Écrou nous accueille au cœur d’un royaume plutôt glacial, pendant que le poète cherche à réchauffer ses fantômes, vers après vers.

De la cantine à la chambre à coucher, le froid est partout et il nous rentre dedans.

Mais tu es morte maintenant
il y a quinze mille ans d’immenses glaciers
recouvrent la chambre où nous vivions ensemble
tu es morte maintenant nouvelle ère de glace
et dans la remise des boîtes pleines de toi
autour le sol s’affaisse de plusieurs mètres
et j’enveloppe ton ombre dans le chauffage
ouvert pour la première fois

Shawn Cotton

La perte marquante de celle qu’on ne « laisser[a] jamais mourir » hante les poèmes et en est le principal fil conducteur. « Les poèmes tentant de dire ce qu’était alors être au monde » se concentrent autour de la trace qu’elle a laissée.

Se rapprochant par moments de certains poèmes d’Apollinaire par ses jeux sur la forme et les images surréalistes, La révolution permanente se lit aussi comme une playlist de souvenirs, alternant entre les chansons d’amour et les balades tristes, ravivés par des petites bouffées de « frette » ou des visions ramenées par le froid.

Je me souviens de nous
jeune fille mauve comme le vent
qui pogne dans la robe des vieux-ports où je te rencontre
Je me souviens des autres
qui n’étaient que ceux
qui n’avaient pas cette chambre
où nous nous aimions
comme le temps agenouillé
dans le sablier que tu portais à la poitrine

Shawn Cotton
Une lecture douce, un peu givrée, à la mémoire des fantômes et des corps vibrants qu’ils furent.

Tu m’as montré tes jambes
dans le futur un feu s’éteint
mais le monde reste taché de lumière

Shawn Cotton

*

Shawn Cotton, La révolution permanente et autres poèmes, Éditions de l'Écrou, 2020.

Marise Belletête
Écrivaine, dessinatrice, passionnée des mots

Autoportrait de La Griffonneuse

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