Ornithologie de M. K. Blais

Ornithologie de M. K. Blais

« Quand la mort perchée dans l’arbre se met à chanter »

Tous les oiseaux qui se posent dans la poésie de M. K. Blais, du merle d’Amérique au pigeon biset, ont un chant funèbre, un chant fragile et fatigué, bruit blanc qu’on ne remarque parfois même plus au cœur de nos vies.

Dans Ornithologie, paru au Quartanier, le poète indexe ces présences sonores qui rythment à leur manière nos existences. Ce recueil m’a véritablement soufflé. Je l’ai lu en une matinée, sans compter les minutes ou les heures, sans compter le nombre de volatiles disparus le temps d’arpenter ces lignes.

On y retrouve des vers magnifiques qui nous cognent au cœur comme un colibri étourdi contre une vitre.

« Rend[re] son dernier souffle pendant le mot oiseau »

Le livre débute sur la mort d’un oiseau :

Un jour, un oiseau est venu mourir sur ma galerie. Il gisait devant la porte comme un morceau de casse-tête du ciel.

Au creux de ma main, il était à la fois lourd et très léger.

M. K. Blais
Cette « pluie » de volatiles qui tombent comme des mouches s’accélèrera dans la suite des poèmes. Des oiseaux empaillés aux oiseaux domestiques, de ceux qu’on met en cage ou qui finissent dans nos assiettes. La mort y est obsédante. Elle peut frapper à notre fenêtre à tout moment.

Rêves morts dans l’œuf et solitude sur plumes d’oie

Le fantôme d’un oiseau perché hante les fils électriques, les cordes à linge, les gouttières, les balançoires, les poteaux, les cheminées et toutes les branches de tous les arbres.

J’habite une ville d’oiseaux fantôme. On peut les observer en streaming avec ou sans publicités.

M. K. Blais

Avec une grande justesse, l’écriture de M. K. Blais parvient à « déplumer » la solitude, le vide et le poids des jours qui se répètent. On sent chaque battement d’ailes désespéré qui découpe le passage du temps observé par l’auteur. Tous les instants du quotidien qui nous échappent et qui finissent par tomber dans les craques de nos divans. Toutes nos promenades dans les magasins à un dollar qui nous aident à remplir de « cossins » nos journées ennuyeuses.

Tout comme le moqueur polyglotte, le poète « imite [le chant] des autres oiseaux » et les « voix humaines », nous renvoyant notre reflet de consommateur pressé, de vivant bientôt mourant qui cherche des manières de passer le temps sous le gris du ciel.

Je finirai en partageant ce sublime passage qui réussit à dresser le portrait d’une solitude moderne et des lieux de transit, bien souvent basé sur l’échange monétaire plutôt qu’humain :

La caissière du magasin à un dollar s’est fait tatouer un oiseau à l’intérieur du poignet. Perché sur une veine, il attend de perdre ses couleurs.

Koy-koy-koy-kwah-kwah-kwah.

Quand la caissière se gratte l’oreille, l’oiseau prend son envol. Elle me rend la monnaie et il vient manger dans ma main. Elle dépose son bras. Il tombe raide mort sur le comptoir.

M. K. Blais

Un recueil de poésie « ornithologique » que je recommande fortement à tous ceux qui ont besoin d’un peu de mots et de beauté célestes durant la pandémie!

*

M. K. Blais, Ornithologie, Le Quartanier, 2020.

Marise Belletête
Écrivaine, dessinatrice, passionnée des mots

Autoportrait de La Griffonneuse

Pour me suivre

Partager cet article