Politique du pouvoir de Margaret Atwood

Politique du pouvoir de Margaret Atwood

L’hameçon dans l’œil ouvert

Avez-vous déjà lu la poésie de Margaret Atwood?

J’ai adoré son recueil Politique du pouvoir. Écrits en 1971, ses poèmes ne font pas leurs 50 ans.

C’est le point de vue d’une femme sur le couple, l’amour, les problèmes de communication, l’incompréhension, la fusion, puis la rupture. On passe par toutes les étapes d’une relation amoureuse, ici hétérosexuelle.

Parfois, l'autrice décrit très froidement cette relation, comme un simple phénomène biologique. D’autres fois, elle l’aborde avec le langage militaire des batailles, où l’on désire un cessez-le-feu.

« J’aborde cet amour
comme un biologiste
j’enfile mes gants
de caoutchouc et ma blouse blanche

Tu le fuis comme un prisonnier
politique évadé, et ce n’est pas étonnant »

Margaret Atwood
Il y a aussi des morceaux assez surréalistes. Elle dépeint l’Autre qui peut se transformer tantôt en monstre, tantôt en héros, de Barbe-Bleue à Superman, selon les distorsions que lui fait subir son regard amoureux ou déçu.

« Splendored Thing
Tu es suspendu au-dessus de la ville

en cape rouge et collants bleus,
tes yeux clignotent à l’unisson.

Les autres clients t’observent,
certains avec stupeur, d’autres avec ennui :
ils se demandent si tu es une arme nouvelle
ou une quelconque publicité.

Quant à moi, je continue de manger;
je te préférais comme tu étais,
mais tu as toujours été ambitieux. »

Maragaret Atwood
Dans les poèmes d’Atwood, cette histoire de rupture amoureuse devient celle, ancestrale et universelle, de tous les hommes et de toutes les femmes qui s’attendent, qui se ratent, qui se quittent.

« D’abord on m’a donné des siècles
pour attendre dans des grottes, des tentes
de cuir, en sachant que tu ne reviendrais jamais

Puis ça s’est accéléré : seulement
plusieurs années entre
le jour où tu es parti en cliquetant
dans les montagnes et celui (c’était
de nouveau le printemps) où j’ai levé les yeux
de ma broderie à l’approche du messager. »

Margaret Atwood

La lutte semble toujours inégale.

Qui aime plus que l’autre? Qui trompe et qui pardonne? Qui est celle ou celui qui perd au change, qui perd son identité? Ici, on ne se cachera pas que c’est la femme, violentée, rabaissée et souvent privée de pouvoir.

Atwood décrit la part violente et déchirée de l’amour, celle qui nous écorche, tout en demeurant d’une grande lucidité.

« tu entres en moi
comme un crochet dans un œil

un hameçon
dans un œil ouvert »

Margaret Atwood

Marise Belletête
Écrivaine, dessinatrice, passionnée des mots

Autoportrait de La Griffonneuse

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