Chasse à l'homme

Chasse à l’homme de Sophie Létourneau

Comment parler des histoires d'amour que l'on n'a pas encore vécues?

Imaginer l’autre comme un personnage, l’inventer pour mieux l’attendre, le romancer avant de le rencontrer, c’est ce que la narratrice de Chasse à l’homme s’ingénie à faire, en divers temps, diverses villes.

Comme une petite annonce amoureuse qui prend peu à peu les proportions d’un roman.

Une chasse à l’homme toute narrative.

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Lorsqu’une cartomancienne lui révèle qu’un de ses livres lui fera rencontrer l’homme de sa vie, l’autrice se lance avec exaltation dans cette quête à la fois romantique et romanesque. Avant que Sophie Calle utilise le même stratagème dans son livre Où et quand?

Désormais, les histoires des deux Sophie s’entrecroiseront, l’une poursuivant les pistes de l’autre, ou bien les anticipant, se répondant en secret dans les marges du hasard.

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La narratrice abandonne son projet littéraire, puis y revient, lui aménage une place dans son existence.

J’avais résolu d’écrire un livre heureux, légèrement ivre, une fiction pour te séduire. Ce serait un livre porté par le désir d’une fille. Qui prendrait le parti des filles qui veulent être aimées. Un livre sur lequel ces hommes répugneraient à mettre les doigts.
Sophie Létourneau

Ce livre est aussi l’occasion d’interroger le pouvoir de la fiction, d’y annexer des anecdotes littéraires et des extraits de ses contemporains et de ses modèles : Tania Langlais, Mathieu Arsenault, Wajdi Mouawad, Catherine Mavrikakis, Alain Farah, Nelly Arcan, Marc-Antoine K. Phaneuf, Éric Plamondon, mais aussi Marcel Proust, Roland Barthes et Chloé Delaume.

Une histoire qui se nourrit de fiction et la déborde.

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Livre aux multiples commencements, le récit de Sophie Létourneau s’écrit à la fois dans le présent, le passé, l’avenir ainsi que le conditionnel, mode particulier qui « raconte ce qui sommeille, ce qui fermente dans la pâte du réel » comme l’écrivait Sylvie Germain dans son essai Les personnages.

« On n’attendrait pas que l’histoire arrive : on l’imaginerait. »

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Peut-on s’emparer des rênes de la fiction afin de prendre le réel de court, le provoquer pour qu’il réponde à ses désirs? s’y questionne-t-on.

Comme Pierre Bayard, se demander si demain peut-être écrit.

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Fragment par fragment, entre les souvenirs et les romances imaginées à l’avance, l’autrice nous rappelle que l’on est libre de donner la forme que l’on veut à sa vie.

De bricoler son propre récit.

Que l’on soit une de ces « filles qui jouent avec le réel » ou de celles qui se réinventent par la littérature.

Sophie Létourneau, Chasse à l’homme, La Peuplade, 2020.

Marise Belletête
Écrivaine, dessinatrice, passionnée des mots

Autoportrait de La Griffonneuse

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